Edward Snowden : le sacrifice d'un homme ordinaire

Edward Snowden © The Gardian
Edward Snowden © The Gardian

[02/02/2015]

Qui se cache derrière Citizenfour, nom de code terminant chaque courriel que reçoit depuis quelques semaines la journaliste et documentariste américaine Laura Poitras ? Ce messager anonyme affirme avoir des informations sur les pratiques de la NSA, l’agence de sécurité américaine. Des pratiques occasionnant des violations massives des droits humains. Est-ce un fou, un excentrique ? Poitras comprend tout de suite que l’affaire est sérieuse, s’équipe des logiciels permettant de communiquer avec Citizenfour sans risquer d’être intercepté. De son côté, le journaliste Glenn Greenwald depuis sa terrasse tropicale brésilienne, doute et ne donne pas suite aux messages.

C’est sur ce trio que s’ouvre le film de Laura Poitras, plus document historique que documentaire. En filmant caméra à l’épaule la rencontre entre le mystérieux Citizenfour et Glenn Greenwald, Laura Poitras fait rentrer le spectateur dans l’intimité d’une chambre d’hôtel à Hong Kong, pendant plusieurs jours… « My name is Edward Snowden », déclare l’énigmatique Citizenfour à la caméra intime. Minute après minute, les secrets d’État nous sont révélés en même temps qu’aux quelques journalistes privilégiés. Le spectateur accompagne le cheminement d’Edward Snowden, ses interrogations sur le système de surveillance de masse, sa préparation à l’exil, tout semble avoir été méticuleusement organisé. Ce n’est que lorsque Ed, comme il aime se faire appeler, découvre que sa fiancée est soumise à des interrogatoires, que l’on sent un pincement, une inquiétude. L’homme est humain, sensible.

Ce film permet de percer en partie le mystère de l’individu le plus recherché au monde, et de découvrir un jeune homme d’une justesse incroyable, éloquent, tolérant, érudit. Snowden s’intéresse peu à son propre cas souhaitant avant tout que la vérité éclate. Pas de narcissisme ni d’égocentrisme, c’est le portrait d’un « presque » simple analyste informatique, décidé à sacrifier sa vie pour dénoncer des violations massives des droits humains. Mais c’est aussi le portrait d’une Amérique dans l’impasse, noyée dans une lutte anti-terroriste qui la dépasse. Un État qui, à la recherche une épingle dans une botte de foin, veut tout contrôler, tout surveiller… et finalement perd le contrôle.  

JEANNE SULZER

Extrait de La Chronique de février 2015




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