Amnesty International accuse les gouvernements des Amériques de tenir un double langage sur la torture


 - Au cours des cinq dernières années, Amnesty International a signalé des cas de torture et d’autres mauvais traitements dans 141 pays.
 - Une nouvelle enquête mondiale, menée auprès de 21 000 personnes vivant dans 21 pays répartis sur tous les continents, indique que dans tous ces pays des gens craignent d’être torturés.
 - Près de la moitié des participants à l’enquête redoutent d’être torturés s’ils venaient à être placés en détention.
 - Plus de 80 % des personnes interrogées veulent des lois solides pour être protégées de la torture.
 - Plus d’un tiers pensent que la torture peut être justifiée.

Les gouvernements des Amériques tiennent un double langage sur la torture, a déclaré Amnesty International mardi 13 mai 2014, à l’occasion du lancement de sa nouvelle campagne mondiale, Stop Torture.

En effet, malgré des lois et des mécanismes nationaux et régionaux de lutte contre la torture qui sont parmi les plus solides au monde, la torture et les autres mauvais traitements restent courants sur tout le continent et les responsables sont rarement traduits en justice.

« Les discours des gouvernements des Amériques ne se traduisent pas par des actes », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

« L’arsenal juridique impressionnant mis en place sur ce continent pour prévenir et sanctionner la torture est quotidiennement contourné. Il faut mettre un terme à cet état de fait. »

Pour le lancement de sa campagne Stop Torture, qui va durer deux ans, Amnesty International a publié une nouvelle synthèse à destination des médias, intitulée La torture en 2014. 30 ans d’engagements non tenus, qui donne un aperçu de l’utilisation de la torture dans le monde aujourd’hui.

Ces cinq dernières années, Amnesty International a signalé des cas de torture et d’autres formes de mauvais traitements dans au moins 141 pays de toutes les régions du monde, c’est-à-dire dans pratiquement tous les pays sur lesquels elle travaille.

Dans plusieurs pays des Amériques, le recours à la torture et à d’autres formes de traitements cruels, inhumains ou dégradants est monnaie courante et est accepté par beaucoup comme une réponse légitime aux taux élevés de criminalité violente.

Trente ans après l’adoption par les Nations unies, en 1984, de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, Amnesty International a constaté que les autorités continuaient de pratiquer la torture dans au moins 12 pays des Amériques. La torture étant par nature entourée du plus grand secret, le nombre réel de pays concernés est probablement plus élevé.

La Convention interaméricaine pour la prévention et la répression de la torture, adoptée en 1985, impose aussi aux gouvernements de combattre cette pratique.

Le sondage commandé par Amnesty International pour le lancement de sa campagne, réalisé par Globescan, montre que près de la moitié des personnes interrogées (44 %), qui vivent dans 21 pays répartis sur tous les continents, pensent qu’elles risqueraient d’être torturées si elles étaient placées en détention dans leur pays.

Le pourcentage de ceux qui redoutent la torture en cas de détention atteint 80 % au Brésil et 64 % au Mexique – soit les taux les plus hauts de tous les pays concernés par l’étude. Même aux États-Unis, ils sont 32 % à exprimer cette crainte, et 21 % au Canada.

« L’étude menée par Globescan montre que la peur de la torture est particulièrement élevée dans les Amériques, avec une forte crainte exprimée au Brésil, en Argentine, au Mexique et au Pérou », a déclaré Erika Guevara Rosas.

« Lorsque la moitié de votre population redoute d’être torturée dans le cas où elle serait placée en détention, il devient urgent d’agir énergiquement pour éradiquer cette pratique. »

La torture est pratiquée dans des prisons et des centres de détention sur tout le continent. Dans beaucoup de pays, les détenus subissent des coups, des décharges électriques et des atteintes sexuelles, et sont privés de services de santé. Les conditions de détention catastrophiques, notamment la surpopulation, sont souvent la règle.

La torture continue d’être utilisée à titre de punition contre les détenus ou pour arracher des « aveux » à des suspects de droit commun. Les autorités ont aussi recours à la torture ou à d’autres mauvais traitements dans le cadre du contrôle et de la répression des manifestations publiques, par exemple au Brésil, au Mexique et au Venezuela.

Des avancées législatives en matière de prévention de la torture ont été constatées dans certains pays de la région, mais elles ne s’accompagnent pas d’enquêtes efficaces sur les cas signalés. Les responsables sont très rarement traduits en justice.

« Les défaillances des systèmes judiciaires dans les Amériques jouent un rôle important dans la persistance de la torture et des autres formes de mauvais traitements, ainsi que dans la culture de l’impunité qui est profondément ancrée dans la région », a déclaré Erika Guevara Rosas.

 Au Mexique, le nombre de cas de torture signalés a augmenté dans le contexte de la lutte engagée depuis 2006 par le gouvernement contre la criminalité organisée. De nombreuses arrestations sont réalisées sans mandat et, trop souvent, les personnes issues de milieux pauvres et marginalisés sont arrêtées sans preuves. N’ayant pas les moyens de bénéficier d’un véritable soutien judiciaire, elles sont davantage exposées au risque de torture et d’autres mauvais traitements.

 En Colombie, le conflit armé interne, qui dure depuis 50 ans, est toujours caractérisé par l’absence d’enquêtes effectives sur les atteintes aux droits humains, dont la torture. Toutes les parties au conflit – les forces de sécurité et les formations paramilitaires, agissant ensemble ou séparément, et les groupes de guérilla – continuent de faire des milliers de victimes d’homicides, de disparitions, d’enlèvements, de torture, de déplacements forcés et de violences sexuelles.

 Le gouvernement des États-Unis refuse toujours de rendre des comptes pour les actes de torture et les disparitions forcées dont il s’est rendu responsable dans le cadre des opérations antiterroristes de la « guerre contre le terrorisme ». Personne n’a été traduit en justice pour avoir utilisé ou préconisé des méthodes d’interrogatoire comme le simulacre de noyade, la privation de sommeil pendant de longues périodes et le maintien dans des positions inconfortables dans les centres de détention dirigés par l’Agence centrale du renseignement (CIA) à travers le monde.

 Des centaines de cas de torture commis dans un passé récent sous les régimes militaires brutaux de la région dans des pays comme le Chili, le Salvador ou l’Uruguay demeurent impunis, souvent à cause de lois d’amnistie.

Amnesty International appelle les gouvernements des Amériques à mettre en œuvre les mécanismes de protection existants pour prévenir et sanctionner le recours à la torture. Ils doivent notamment garantir des examens médicaux impartiaux, la possibilité de consulter rapidement un avocat, des contrôles indépendants des lieux de détention, des enquêtes indépendantes et efficaces en cas d’allégations de torture, des poursuites judiciaires à l’encontre des personnes soupçonnées d’avoir commis des actes de torture, et des réparations appropriées pour les victimes.

« Les autorités des pays des Amériques ont la chance de disposer de mécanismes antitorture qui sont parmi les plus solides au monde – ce qui rend l’ampleur de cette pratique dans la région d’autant plus inexcusable », a déclaré Erika Guevara Rosas.

« Les gouvernements doivent maintenant peser de tout leur poids politique pour faire en sorte que ces mécanismes soient efficaces. »

Pour obtenir un exemplaire de la synthèse La torture en 2014, ou pour organiser une interview avec un porte-parole d’Amnesty International ou une personne ayant été victime de la torture, veuillez prendre contact avec :
Max Tucker, attaché de presse chargé des campagnes mondiales, des questions thématiques et des Nations unies
max.tucker@amnesty.org ; +44 (0) 207 413 5810

Du matériel audiovisuel, dont des images sans commentaires, est disponible sur demande.

13 mai 2014